Départ 7h45
A peine partis, le charme du village de Chiappera, de pierres et de lauzes, impose un crochet touristique et photographique. Il est dominé par l’imposante aiguille Provenzale, un haut lieu de
l’escalade locale. Le sentier démarre dans une épingle, 500m en contrebas de la bourgade. Nous nous fourvoyons dans une bifurcation, prenant vers le haut alors qu’il fallait faire l’inverse. Il
s’écoule un bon moment avant de réaliser que notre direction n’est plus la bonne. Les GPS des téléphones pointent l’erreur. Tous indiquent un échappatoire possible, introuvable sur le terrain.
Philippe finit par débusquer une vague sente, enfouie sous les herbes hautes. C’est un sentier anciennement balisé mais abandonné. 200m de dénivelé au-dessus, il est censé recouper une piste qui ramène vers l’itinéraire du jour. Certains ne sont pas inspirés et préféreraient rebrousser chemin… La décision « fuite en avant » l’emporte. C’est la brousse mais ça passe ; le cheminement reste visible, étayé par les marques de peinture. Le sentier héberge malheureusement un nid de
guêpes que piétine innocemment Murielle. Sa cheville en fait les frais. Yannick balade la flamme d’un briquet au plus près de la piqûre. La chaleur, paraît-il, neutralise le venin. La douleur s’estompe en 5 mn.
Dans un pierrier peu fréquentable, couvert de plantes arbustives, nous finissons par perdre le sentier.
Les GPS indiquent que la piste traverse 80m plus haut. Chacun fait son itinéraire à l’arrache et c’est Anne qui gagne. La piste est bien réelle. Un panneau indique qu’elle est interdite dans le sens qui nous intéresse; nous comprenons rapidement pourquoi. Un pan de la montagne s’est effondré, dévastant tout le secteur : arbres arrachés , piste emportée à plusieurs endroits ou submergée par des amoncellements de blocs…
Une fois franchie la succession d’obstacles, nous rejoignons rapidement le sentier officiel. Il chemine en balcon au-dessus des lacs de Visaia et d’Apsoi puis remonte en zigzag sur une moraine glaciaire. A 12h30, après un raidillon bien corsé, nous déballons les sandwichs au Col d’Enchiausa 2730 m.
Le temps se couvre tandis que nous descendons sur Chialvetta. A partir de 2100m, le sentier a disparu , emporté par l’orage de la veille. Le vallon est raviné de toute part, l’herbe des prés est partout écrasée par les ruissellements, couverte de graviers. Ici, la veille, ce devait être
l’apocalypse ! A 24h près, nous avons échappé au pire.
Nous arrivons à l’Osteria della Gardetta à 15h45, sous un ciel qui menace. La 1ère averse se déclenche une demi-heure plus tard, alors que nous sommes attablés devant nos bières. Bien joué !
Durée global : 8h00 – 20,7 km – D+ 1190 m – D- 1340 m
Un mauvais point pour Rolando, le patron de l’auberge. Il se repose sur ses lauriers et n’est plus à la hauteur de sa réputation. Les quantités sont juste suffisantes au dîner et le petit dej est une
caricature: pain blanc rassis, carré de beurre et capsules de confiture industrielle. Cet hébergement est pourtant le plus cher de tous. Ajoutons qu’une alarme intempestive se déclenche le soir dans
notre dortoir et qu’il faut l’intervention de l’employée pour l’éteindre. A 2h00 du matin, c’est le boîtier « issue de secours » qui s’allume inopinément, illuminant toute la chambrée. Nous limitons
tant bien que mal la gêne en plaquant une chemise contre. En allant aux toilettes un moment plus tard , Philippe règle le problème : l’allumage des WC est corrélé avec l’extinction de l’éclairage
facétieux.



