Jour 2 – Périple jusqu’au refuge de Maljasset

Nous sommes parés psychologiquement pour affronter cette étape qui promet d’être la plus dure du périple. La veille, par mesure d’économie , nous n’avons pas fait d’extra. La Pointe de Chauvet, qui
dominait le refuge, était pourtant bien tentante !
Départ : 7h45
Nous avons 45 m de corde, quelques anneaux et deux piolets, prévus pour l’Infernet. Ce col demeure l’inconnu du parcours. Neige ou pas neige dans sa descente nord ? Si oui , dure ou molle ? Expo ou pas ? Questionnées au téléphone les jours précédents, les avis des gardiennes de Maljasset et Chambeyron divergent.
Des glaçons flottent dans le lac des 9 Couleurs. Il s’est paré aujourd’hui d’un bleu étourdissant. Un névé antipathique mais finalement débonnaire défend l’accès du Col de la Gypière 2927m.
Nous croisons le refuge / bivouac Barenghi, un abri en tôle peint en jaune et bleu flashy, parfaitement équipé pour 6 personnes. Une aiguille percée le domine, avec un orifice étiré en forme
de chas.
Le col de l’Infernet 2783 m est d’un accès aisé versant sud. Côté nord, c’est une brèche qui plonge abruptement. Des câbles équipent la partie rocheuse. Plus bas, des planchettes retenues par des fers
à béton s’échelonnent sur une rampe de graviers détrempés. Elles font office de marches d’escaliers mais ont bien du mal à contrecarrer la poussée gravitaire. Pour l’heure présente, elles remplissent encore leur fonction et c’est tant mieux. Au fond de la faille, un névé escarpé occupe la moitié du terrain mais on le côtoie sans s’y confronter. Nos pieds demeurent dans une pierraille rassurante. Un peu de temps est perdu pour cause de vigilance mais finalement, le matériel restera
au fond des sacs. Nous l’abandonnerons ce soir au refuge de Maljasset car il est acquis que le reste du circuit n’opposera plus de résistance.
Si ce col fut gentil avec nous, ce n’est pas le cas du suivant, le col de Ciaslaras 2940 m. Voilà un col teigneux ! Une fournaise plein sud sur 300m de dénivelé ; une sente « dré dans le pentu » ; un sol
terreux, durci par la sécheresse ; une montée en adhérence, où on s’efforce de ne pas riper. Comme le regrette Noëlle, l’option calle-pieds n’a pas été prévue. Aucun faux plat ne permet de souffler et
la sortie semble ne jamais se rapprocher.
A midi vingt, nous sommes tous en haut et c’est l’heure de recharger les accus. Avec Philippe, nous profitons du break pour grimper le Monte Ciaslaras ( 3005 m), le sommet qui domine 70 m plus
haut.
Après la galère du col précédent, le col de Marinet 2787 m est une formalité. Le lac de Marinet ( 2550 m) nous accueille. L’eau n’est pas si froide : 17°/ 18°? et la moitié du groupe profite de sa fraîcheur pour nager quelques brasses. Une myriade d’alevins viennent picorer les orteils qui font trempette.
La descente vers le refuge de Maljasset ( 1900m) n’en finit plus ; les pieds chauffent et deviennent douloureux. Catherine F, atteinte du névrome de Morton, se soulage en marchant pieds nus sur la
route d’arrivée.
Arrivée à 17h10. Durée globale : 9h25 – + de 20 km – D+ 900m
Le refuge de Maljasset est une mécanique bien huilée. Le temps s’y écoule paisiblement. La gardienne est à l’écoute, les sourires sont bienveillants. Le rab de soupe est pléthorique ; repas et
petits-dej sont à la hauteur. Nous bénéficions de la réduc STD sans le moindre contrôle. Un refuge comme on les aime.
Nous allégeons les sacs des piolets, corde, linge sale et bricoles inutiles. Le refuge est au bord de la route. Philippe reviendra les chercher d’un coup de voiture le dernier jour.