CR séjour dans les Arves – Groupe de Marc

8 Mars : Gros Crey 2576 m en circuit

Groupe : Pascal – Pascale – Guillaume – Patrice – Catherine et Marc
Départ du Chalmieu 1580 m. A 8h00 , les 3 groupes s’ébranlent : 17 participants à la queue leu leu.
Toute proche du départ, la moraine des Cosseilles n’est pas tracée mais la neige est dure et transfo, Le grip est excellent ; tout le monde la surmonte sans couteaux et sans soucis.
A Pré Valloire ( alt 2000m) nous lâchons les 2 autres groupes et prenons une tangente SW vers le Coin du Boeuf. Dans une lumière éblouissante, nous traversons l’immense espace immaculé du Plan
Brunet.
A 2350 m, le point délicat de la rando se présente. Il est vierge de traces. J’avais prévu les crampons mais le flanc sud de ce raide éperon est déjà en neige ramollie et son flanc nord s’avère en vieille poudre dense. Nous le franchirons à skis, sans couteaux, balisant ce passage-clé d’une trace rassurante. J’ai dans l’idée que les deux autres groupes voudront sans doute emprunter ce passage les jours suivants.
Il faut batailler un peu pour franchir la corniche sommitale, haute d’1,5 m. On patine dans la semoule, on se passe les skis, on se hisse.
De là, le sommet est à portée de main. Durant le pique-nique au soleil, nous suivons l’évolution du groupe de Thierry, 2 km en face. 6 petites fourmis s’acheminent laborieusement au flanc de l’épaule de Montplat.
On ripe à ski sur le mur de corniche et c’est la bonne surprise ! Le versant nord de retour a conservé la poudre. Dès qu’il avait aperçu cette pente au petit matin, Patrice l’avait reniflée. Et chaque fois, on lui avait ri au nez ! Ça semblait inconcevable après 10 jours de températures presque estivales.
500 m de sinusoïdes plus bas, on siffle la fin de la partie. A 2100, nous reprenons pied avec la dure réalité du plan Brunet. Il faut finasser sec, au plus près de la courbe de niveau pour perdre le minimum d’altitude et retrouver la bifurcation du matin à Pré Valloire. La neige n’a guère décaillé, ça glisse, on s’en tire bien.
Petite pause à une table de pique-nique, déneigée à la pelle pour la circonstance. Nous attendons le groupe de Thierry. Il ne tarde pas à débouler des pentes du Montplat et nous rentrons ensemble au bercail.
Vers 1850, Pascal se prend une gamelle mémorable. Sa butée récalcitrante depuis quelques jours le lâche sans crier gare. Dans son vol plané, il la casse définitivement et se retrouve le bec dans la
neige et le nez en sang. ( N’achetez plus de fixations Fritschi!) Il en est quitte pour descendre à pied par le chemin des raquetteurs. Les jours suivants, il utilisera la paire de skis de secours que j’avais eu la bonne idée de prendre.
Le groupe de Yannick nous rejoint dans la pente finale, au-dessus des voitures. Euphorie générale, chaque groupe étant persuadé que sa rando était mieux que celle des copains…
Je donne un coup de fil au gîte pour annoncer notre arrivée. Un quart d’heure plus tard, nous y débarquons avec armes et bagages. Après l’installation de chacun, les premières bières du séjour sont décapsulées.
Temps de montée : 4h00 – Durée totale : 6h38 – D+ 1060 m

9 Mars : Pointe d’Emy 2797 m

Groupe : Patrice – Philippe – Pascal – Pascale – Guillaume – Brigitte – Marc
Départ de Pierre Grosse / Col du Mollard alt 1650 m : 9h15 ( Oui, je sais, c’est tardif ! Mais la neige ne décaille pas avant 15h00 dans ce versant W) Il faut 50 mn de piste enneigée horizontale, souvent descendante, pour franchir le ravin du Praz. Un pensum nécessaire ! La voie n’est libre que derrière pour attaquer l’austère pente qui domine sur 950m de dénivelé.
Le grip est bon sur une neige de printemps granuleuse. Les premiers 600 m sont vite avalés. A 2350, au replat de la Quebla, on étudie la suite. Au-dessus, la pente se redresse sévèrement. Certains enfilent les couteaux, d’autres les crampons. Dans un premier temps, les crampons prennent l’avantage. Les couteaux patassent et peinent à trouver une stabilité. Dans un deuxième temps, derrière une bascule d’arête et un léger changement d’orientation, les couteaux gagnent la partie. La neige enfonce et les cramponneurs s’éreintent. De nouveau tous en couteaux, nous progressons jusqu’à la passe finale à 2650. Neige durcie et lissée par le vent, pente à 40°. Certains s’obstinent, d’autres rechaussent les crampons. Au final, nous nous retrouvons tous au Col d’Emy 2694 m sans anicroches.
Il reste 700 m de traversée sur le flanc Est pour gagner le pied de l’épaule sommitale où on retrouvera l’itinéraire issu d’Albanne. Nous conservons les peaux ; le but du jeu étant de perdre le moins possible d’altitude. Curieusement, alors que sur ce versant, le soleil règne en maître depuis le matin, la neige a très peu ramolli. De quoi s’inquiéter pour le retour, versant W…
A 13h30, nous déballons les casse-croûtes au sommet.
Nous trouvons le bon plan pour le retour au col : un cheminement sur la ligne de crête, au plus loin qu’on peut, avant de devoir basculer sur notre trace de l’aller, en exploitant une faiblesse de corniche. Rien que de la glisse, quasiment pas de pousse-bâton !
La descente en neige idéalement revenue est superbe. Le soleil a finalement réussi son boulot.
Arrivée à 15h45 à la voiture – 4h15 de montée – Durée totale : 6h30 – D+ 1260 m

10 Mars. Le Montzard 2107m

Groupe : Bénédicte – Laurence – Anne et Philippe – Catherine et Marc
Départ vers 10h00 du Pont des Tours alt 1307 ( St Jean d’Arves)
L’itinéraire est direct. Après deux ou trois prés séparés par des haies et un bout de piste forestière, c’est une pente de 600m de dénivelé à 30°. De mémoire humaine, il n’y a jamais eu d’avalanche sur cet itinéraire Nord. C’est un spot magistral pour la poudreuse. Le ciel est gris, il neigeotte lorsque nous arrivons au sommet, talonnés par le groupe de Thierry qui nous a rattrapés. Le groupe de Yannick est déjà sur place, parti plus tôt du hameau de la Villette, 1 km au NW de notre départ. Ils
ne tardent pas à redescendre tandis que nous entamons les casse-croûtes.
Nous trouvons une belle combe quasiment vierge ( une seule trace) pour le retour. Nous la ravageons avec entrain et bonheur. Elle est couverte d’une vieille poudre humide, bien homogène et bien skiante. Un type de neige assez inhabituel. Spectacle de désolation après notre passage ; tout est dévasté.
2h30 de montée – Durée totale : 4h00 – D+ 800m

11 Mars : Col d’Albanne – Arrêt à 2450m

Groupe : Pascal – Pascale – Brigitte – Catherine A – Patrice – Guillaume – Catherine et Marc
Météo toujours douteuse mais qui s’arrange au fil de la journée.
Départ commun des 3 groupes à 8h30, du téléski du Crêt de l’Ane alt 1501m ( Albiez le Vieux) Après l’avoir suivi un moment, nous le lâchons à 1700m pour gagner les grands espaces. La montée est efficace et tranquille, à l’envers de la Pointe d’Emy, jusqu’à un point haut à 2250 m. C’est là que s’arrêtent les deux autres groupes ainsi que Catherine A. Par contre, Philippe se joint à nous pour la suite. Nous enfilons les couteaux pour aborder un couloir qui se redresse jusqu’à la crête sommitale. La pente passe progressivement à 40°. Brigitte et Catherine F stoppent sur un rocher à 2350. Moitié en crampons, moitié en couteaux, nous poursuivons encore sur 100m de dénivelé avant de déclarer forfait. La sortie du col n’est plus très loin mais la pente passe à 45, en neige lisse et dure.
La descente pour retrouver les autres à 2250 n’est pas franche du collier, obligeant à des virages sautés. Ensuite, c’est du velours : poudreuse légère en première partie, décaillée à point en deuxième.
Devant la cabane de son téleski, Antoine, un perchman trentenaire, s’ennuie à cent sous de l’heure. La station est déserte. Il nous laisse passer tous les seize en nous conseillant la piste rouge, en bien
meilleure neige. Au retour, nous sympathisons avec lui et l’invitons pour l’apéro. Il viendra au gite vers 18h30, un saucisson dans les mains. Il finira par partager le repas du soir avec nous.
3h30 de montée – Durée totale : 5h00 – D+ 970 m

12 Mars : Crête de Chenallin 2490 m par les Chamossières

Groupe: Pascal – Pascale – Catherine A – Patrice – Guillaume – Brigitte – Marc
Départ d’Entraigues 1296m à 8h30. Il est tombé 10 cm de poudre dans la nuit mais le beau temps s’installe. La montagne est repeinte à
neuf ; les arbres qui bordent la piste forestière sont parés de blanc comme aux premiers jours de l’hiver.
Le groupe de Thierry nous accompagne jusqu’à 1750m puis nous abandonne. Eux poursuivent leur route vers le versant W du Gros Crey tandis que nous, nous abordons avec circonspection la grande pente de Chamossières. Un gros morceau : plus de 600 m à 35°. Sur le bas, une avalanche a mis à nu l’alpage. L’herbe n’est plus recouverte que par les 10 cm de la nuit. Évidemment, les skis ne tiennent pas; il faut à monter à pied. La pente raide et glissante rend l’opération laborieuse.
120 m plus haut, nous rechaussons enfin les skis sur le manteau neigeux retrouvé. Le soulagement est de courte durée. La couche de poudre n’adhère pas sur le fond dur. Les skis ripent désagréablement. Catherine se fait une belle frayeur lorsqu’elle se retrouve sans crier gare, 2 m sous la trace. Sauve qui peut, tous aux couteaux !
Patrice trace, imperturbable malgré la raideur et les perspectives fuyantes. Nous suivons en silence. A mi chemin, un large replat est le bienvenu pour souffler un peu. Car la mi-temps est courte et la
pente repart aussitôt à la hausse, stressante. A mon tour de tracer… Une fois atteinte la croupe sommitale, c’est le repos du guerrier. Elle s’élève paisiblement, aérienne et magique jusqu’à un petit dôme blanc à 2490 m. Un petit coin de paradis pour casser la croûte et décompresser.
Nous contemplons l’arête effilée qui se poursuit jusqu’au Mont Falcon. Une succession de corniches tiennent en équilibre sur une enfilade de pics rocheux. Pas engageant ; pas de notre ressort en tout cas. Nous cédons volontiers la place aux chamois, innombrables dans le secteur.
La descente est enthousiasmante. Nous attrapons rapidement une combe plus au nord qui va nous acheminer plus bas que notre point de départ. Nous ne prenons pas le temps de savourer.
Dommage ! 700m de dénivelé engloutis en 10 minutes… Addiction de la poudre, quand tu nous tiens !
En bas, la jungle nous attend, un purgatoire pour expier notre péché de gourmandise. Après moultes cabrioles entre épicéas, sous-bois buissonneux, souches et troncs en travers, nous retombons sur la piste du matin.
Petit coup de fil à Yannick : nous avons rendez-vous avec son groupe avant d’entreprendre la descente. Pas de réseau mais par sms, ça passe. Ils sont aux Saludes, à 5 mn de là. Ils arrivent du Chalmieu, via le Gros Crey. L’attente sera courte.
A 15h30, nous retrouvons le parking d’ Entraigues et les manipulations de voitures commencent, savamment organisées la veille pour récupérer les uns et les autres.
4h30 de montée – durée totale : 7h00 – D+ 1200m

13 Mars : Cime de la Cochette 3239 m


Groupe : Anne et Philippe – Guillaume – Pascale – Catherine et Marc
Quelle pagaille pour prendre 18 forfaits randonneurs à St Sorlin d’Arves ! Catherine A et Patrice poireautent presque une demi-heure devant le guichet. La queue s’allonge démesurément derrière
eux. 27,50 € pour être catapultés à 2600m par deux télésièges. La station abuse !
La piste de ski file au Col Nord des Lacs. Nous lâchons la civilisation lorsqu’elle tourne vers l’Est pour une traversée par dessus le Lac Bramant. Pas de chance, il y a 15 cm de poudre à tracer, la glisse est absente, on descend trop vite, on ne parvient pas à rejoindre directement le Col sud à 2484 . Il faut peauter dès l’extrémité de ce 1er lac. Le départ effectif en peaux ne se fait que vers 10h00. Les trois groupes se suivent à 5 ou 10 mn d’intervalle.
La trace est faite jusqu’à 2650 puis nous quittons l’itinéraire classique de l’Etendard. Par un système de vires successives, nous nous relayons à la trace pour rejoindre le vallon perché du Glacier blanc à 2900m . Cet itinéraire débonnaire m’avait été dévoilé 15 ans auparavant par deux gars du pays que j’avais discrètement suivi. Le vent est fort, il cingle et met la pression. La poudreuse transportée recouvre vite notre trace. L’ambiance est « haute montagne ».
Nous posons les skis à 13h00 au pied de la cime . Il reste 30 à 40m de dénivelé à gravir en crampons. J’équipe le haut avec un anneau et 20 m de corde. Les moins à l’aise s’en serviront pour le retour à reculons. Le groupe de Thierry arrive suivi de celui de Yannick. On est tous là ! 16
d’entre nous sur 18 graviront le sommet. Une belle satisfaction pour moi !
Nous prenons le couloir NE pour la descente. Celui-ci correspond à la voie normale d’ascension mais nous l’avons shunté à la montée par l’itinéraire « secret ». Il est raide, nous passons un par un.
Je déclenche deux petites purges, le rendant propre à la circulation.
S’ensuit une looongue traversée à flanc, en perdant le minimum d’altitude. Je jette régulièrement des coups d’oeil vers l’arrière. Chaque fois, j’aperçois les deux autres groupes qui suivent. C’est rassurant
car aujourd’hui, j’ai conscience d’avoir charge d’âmes !
Revenus au Col Sud des Lacs, nous basculons à droite, contournons par le bas le Mollard. Il reste un ressaut de 80m à 35° à franchir, une dernière traversée à flanc et nous nous retrouvons en terrain
sûr sur les pistes de Saint Sorlin.
A 16h30, la horde des 18 Stdistes déboule à l’unisson au bord du parking. L’aventure s’achève. Nous fêtons dignement au bar du coin cette semaine magnifique.
Temps de montée : 3h00 – Durée totale ( hors télésièges) : 7h00 – D+ 850 m

Marc